Etat des lieux d'une réflexion d'équipe

Ce recueil d’informations est un condensé de réflexions, fruit de la recherche et du travail de l’équipe Tremplin. Ce texte n’a pas la prétention d’établir des vérités scientifiques, ni de livrer des statistiques et encore moins des certitudes. Mais simplement d’ouvrir des questions pour nourrir un meilleur professionnalisme et, suite au colloque que nous avons organisé le 17 mars 2011 "Encore jeunes et déjà parents", inviter nos partenaires du réseau à rejoindre la plateforme « Relais Jeunes Parents ». 

Introduction

« Je ne voulais pas lui faire un enfant, juste avoir des relations sexuelles. »

« Je ne voulais pas tomber enceinte, juste faire l’amour. »

« Je ne voulais pas accoucher, juste être enceinte. »

« Je ne voulais pas avoir un enfant, juste un bébé. »

« Je ne voulais pas être parent, juste avoir un enfant.»

Souhaitant mieux comprendre et aider les très jeunes parents et, plus particulièrement, les jeunes filles mineures enceintes ou déjà mamans, le service Tremplin est allé à la rencontre du secteur avec le désir d’organiser ce colloque, point de départ de cette recherche. Tout au long de notre exploration la question centrale a été :
« Quel accompagnement pour ces parents encore adolescents ? »

Lorsque la famille élargie ne peut venir en aide aux nouveaux jeunes parents ou que la future mère, encore adolescente se retrouve isolée et démunie, il n’existe que très peu de structures spécialisées pour les accompagner.

Néanmoins, notre démarche a permis de mettre en évidence les acteurs, finalement assez nombreux qui, confrontés à ce sujet, essaient, chacun dans leur réseau, de proposer des solutions adéquates.

Ce texte est une ébauche qui reprend certains aspects qui nous paraissent importants dans le travail avec ces jeunes parents et le point de départ d’une réflexion que nous souhaitons poursuivre dans le futur.

A l’issue du colloque, que nous avons organisé le 17 mars 2011 à Bruxelles ("Encore jeunes et déjà parents") une plateforme  « Relais Jeunes Parents » est lancée avec comme objectif de créer une dynamique partenariale sur le terrain visant à décloisonner et coordonner les initiatives en faveur des jeunes parents mais afin aussi de renforcer les collaborations entre acteurs de secteurs complémentaires.

2. PREVENTION

« Tu ne pouvais pas réfléchir avant ? »

Au niveau mondial, la Belgique est l’un des pays ayant un taux de grossesse précoce le plus bas, mais le centre d’épidémiologie périnatale vient de rendre public un rapport qui, pour la Wallonie, met en avant un phénomène de recrudescence des « mères adolescentes ».

Bébé « surprise » : échec de la prévention,  manque de maturité,  répétition générationnelle, lapsus contraceptif, antidépresseur, ou acte manqué ? Même si les adolescentes parlent souvent d’« accidents », il ne faut pas négliger leur désir d’enfant. Certaines « attendent » véritablement leur grossesse.

La simple information sur les moyens contraceptifs est une politique encore insuffisante. Il est nécessaire de penser autrement la prévention et d’y mêler le vécu, l’émotionnel et « l’affectif » ainsi que le rapport au corps. Contraception signifie assumer le choix de pouvoir avoir une vie sexuelle mais, pour beaucoup, on constate une espèce de bricolage avec les « moyens » du bord, ce qui n’est pas sans rapport avec le manque de moyens des plannings familiaux à cet égard.

De plus, même si l’accès à l’avortement pour les jeunes s’est démocratisé, il reste cependant les difficultés et souffrances liées à l’acte lui-même. En effet, mener ou non sa grossesse à terme est une réflexion faite d’ambivalence, avec entrave ou résistance dans la prise de décision. Il y a l’accrochage au désir de grossesse et aussi parfois en même temps ou juste après, celui du désir d’enfant. Qu’en est-il des pressions morales faites par les familles et la société pour certaines adolescentes qui restent parfois avec un vide nécessitant de faire un deuil : «  Mon cœur veut le garder mais ma tête dit non » ?

La jeune adolescente qui transgresse l’interdit des relations sexuelles pour investir un amoureux, autre  que son propre père, n’est-ce pas cela qui fâche les parents lorsque la jeune fille « tombe » enceinte ? Mais, c’est justement à l’adolescence que la jeune femme doit investir un autre que le père. En effet, à cette période psychique, la « loi de l’inceste » est intégrée et avec la reviviscence du complexe d’œdipe, il est sain de s’éloigner de la famille au niveau de ses investissements libidinaux (amoureux et sexuels). Il faut donc investir un autre « porteur de pénis » que le père de famille mais, toute la question est le moment choisi et la façon de s’y prendre…

Acte conscient ou inconscient, accidentel ou volontaire, il invite à faire preuve d’une capacité à rebondir et il ouvrir la question du sens de ces grossesses au sein de nos sociétés occidentales.

3. Société : quel sens ?

C’est arrivé près de chez vous : attention, c’est contagieux !

Dans nos sociétés occidentales, il existe implicitement un interdit de grossesse, qui dit que tant qu’on n’est pas adulte responsable, il est interdit de procréer. Mais, comme beaucoup d’interdits, il ne résiste pas au passage à l’acte de certains adolescents. La grossesse d’une mineure reste souvent vue comme une « transgression » et un sujet de honte.

Aujourd’hui encore, la pression est forte et il n’est pas rare d’entendre : « ces enfants font des enfants, et croient faire mieux que leurs parents » ou encore « des jeunes filles immatures, et des ados mal aimés qui cherchent un remède aux manques et aux ratages de l'amour », «  des jeunes filles sans maturité, éprises de liberté, sans aucun contrôle de leurs pulsions ».

Or, être mère donne une place dans la société, une société dans laquelle ces jeunes adolescentes se sont souvent senties exclues.

Dans la littérature concernant le sujet, nous observons qu’il y a un lien entre grossesse précoce, précarité sociale et faibles niveaux d’attentes dans les perspectives d’avenir. La crise actuelle, la pauvreté et le fossé grandissant entre classes sociales risquent de produire une augmentation des grossesses chez les adolescentes : augmentation proportionnelle à celle de la précarité, de la déscolarisation, du manque de projet et d’une certaine pauvreté relationnelle.

La vision de l’école (liée à la vision du futur) et le décrochage scolaire ont un impact sur les grossesses précoces. Les jeunes filles chercheraient un autre moyen de valorisation que de se préparer à la  vie active qui leur semble inaccessible. L’absence de projets ou d’activités est telle qu’un bébé est parfois désiré pour s’occuper, pour redémarrer, pour exister.

A Bruxelles, plus de 50% des jeunes mères sont d’origine Africaine subsaharienne. Au regard d’une multiculturalité grandissante, quelle compréhension attendre des intervenants sociaux et quelles attitudes professionnelles adopter devant ces différentes cultures ? Comment soutenir la relation « mère-bébé » en fonction de la conception de l’éducation dans le pays ou la société d’origine ?

Un « pas sage à l’acte » pour certaines, qui cherchent à combler des manques et des vides pour se soigner et compenser des dévalorisations.

Parfois, pour certaines jeunes futures mamans, on constate que l’enfant est perçu comme quelqu’un qui va enfin pouvoir recevoir leur amour et qui va enfin les aimer, comme s’il venait combler et remplir un vide avec fonction d’antidépresseur. Il y a rêve de réincarnation, une sorte de revanche sur la vie. Faire un bébé, reviendrait alors à se faire renaître pour retrouver comment s’aimer et parfois aussi une tentative désespérée de réparation de la figure maternelle.

Les jeunes parents ont de l’amour à donner, ce qui leur concède une force, une fierté, une estime de soi revalorisée et un nouveau sens à leur vie, sorte de réparation par rapport aux nombreux échecs rencontrés.

Des aides concrètes à mettre en place pour soutenir ces jeunes mamans

Si les mineures ayant un enfant à charge peuvent bénéficier du revenu d’intégration sociale (R.I.S.) délivré par le CPAS, il reste la question du logement et des places en crèche trop rares et trop chères.

En effet, les crèches sont primordiales pour « aérer » le lien mère-enfant et laisser une place à la jeune maman pour ses projets personnels et ce, afin d’éviter le repli sur soi de la mère adolescente et le décrochage scolaire.

Il est déjà difficile de trouver un logement de manière générale mais lorsque l’on est une jeune maman mineure avec son bébé dépendant du CPAS, c’est encore plus difficile. Des points de priorités accordés aux jeunes mamans mineures dans l’accès aux logements sociaux pourraient être une des pistes de solution possible dans ce domaine.

Des mesures pour faciliter le quotidien des jeunes mamans mineures sont à prendre avec discernement afin qu’elles n’aient pas pour effet pervers de donner des envies de maternité aux autres jeunes.

Pour la Belgique, on ne trouve pas moins de seize recommandations du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, comme la nécessité de créer des places de crèches accessibles à tous ; des mesures urgentes pour des soins de santé accessibles d’un point de vue financier ; une garantie d’égalité d’accès à l’éducation et une approche globale de lutte contre la pauvreté. Ces recommandations sont, nous l’avons vu, toujours d’actualité pour les jeunes mamans mineures.

L’audiovisuel : un outil de propagation ou une aide ?

La littérature sur le sujet évoque également le fait que le sentiment de gravité de la grossesse adolescente s’amenuise à grands coups de séries télévisées qui montrent des ados enceintes dont l’histoire se termine avec des familles unies autour de la jeune future maman.

Parallèlement, les nouvelles technologies offrent une quantité impressionnante de lieux d’informations et d’échanges (forum) où chacun et chacune peut puiser ce qui le conforte. Mais, n’est-on pas un peu « hors réalité » ? Beaucoup de jeunes mamans disent se sentir moins seules et isolées ou rapidement réconfortées par des messages provenant de leur propre région ou par ceux d’autres pays.

4. Parentalité, adolescence et scolarité

Maman prématurée cherche couveuse grandeur nature !

Que signifie le fait d'être parent et de prendre toute la mesure de cette responsabilité ? Certains et certaines croient qu’il est facile de gérer un enfant, qu’il suffit de lui donner à manger, de le faire dormir et de changer ses langes : la réalité est très différente, on doit toujours penser en premier à son enfant et, on ne choisit plus combien de temps on va dormir. En effet, on vit au rythme de son bébé et la gestion de son temps devient dépendante de ce petit être.

L’enfant rêvé par la future maman est souvent idéalisé et la confrontation à la réalité est alors parfois d’autant plus « perturbante » que la maman est jeune. Le phénomène de « passage à l’acte » des ados montre bien à quel point il est typique de les voir agir les événements avant de se les représenter, et, dans le cas de grossesse précoce, il peut manquer alors un temps d’élaboration permettant de se construire une image du rôle de parent (davantage sans doute dans le cas des dénis de grossesse ou lorsque la maman apprend très tardivement qu’elle est enceinte)

Dans les situations où les jeunes filles sont en rupture avec leur famille, elles se retrouvent très souvent isolées et manquent alors de repères après la naissance de leur enfant. Nous constatons qu’il leur est alors parfois difficile de couper le cordon. Elles ont tendance à considérer le bébé comme un prolongement d’elles-mêmes et de ce fait ont alors parfois des attentes un peu démesurées vis-à-vis de leur enfant. De leur côté, certains enfants sentent la détresse de leur mère et aussi petit soient-ils, veillent à les consoler et à combler leurs attentes.

Il est parfois difficile de faire se concilier le narcissisme de la mère encore adolescente et les besoins du bébé qui nécessite des soins intenses et individualisés. Ceci est d’autant plus difficile que la période de l’adolescence fait justement ressurgir cette problématique du narcissisme et s’en défaire pour pouvoir investir son bébé comme un individu à part entière peut être extrêmement compliqué pour ces jeunes mamans. De plus, si la projection narcissique de la mère dans son bébé est massive et si l’enfant réel contredit les attentes de la jeune mère, il y a risque qu’il ne soit rejeté aussi fortement qu’il n’a été investi.

Par ailleurs, de nouvelles études démontrent que le jeune âge de la mère n’est pas le critère le plus défavorable et que les indicateurs de risque dépendent surtout de l’environnement social et familial.

La traversée de l’adolescence se poursuit, bébé dans les bras… « Faut pas jeter le bébé avec l’ado du bain ».

La maternité signifie t-elle, sur le plan psychique, la fin du processus d’adolescence, sorte de saut psychique qui ferait dépasser à la jeune les enjeux liés à cette période de l’adolescence, à moins qu’elle ne couronne une fin d’adolescence avec une entrée précoce au pays des adultes ? Pour certaines, n’est-ce pas postposer l’adolescence à plus tard ? Et le fait de ne pas pouvoir vivre pleinement son adolescence risque-t-il d’engendrer de la frustration au point de se transformer en ressentiment vis-à-vis de l’enfant… ressentiment qui engendrerait une certaine distance mère-enfant ?

On observe que certaines mères adolescentes sont fusionnelles avec leur bébé, méfiantes vis-à-vis du père de l’enfant et en conflit avec leur propre mère voire leur famille. Or, pour parvenir à éduquer son enfant, il s’agit, dans la mesure du possible, d’être exonéré des conflits liés à la période de crise qu’est l’adolescence, conflits liés à sa propre famille et conflits avec soi-même.

Il arrive aussi parfois que les autres adolescents ne considèrent plus la future mère comme une des leurs, et les adultes non plus, …pas encore ! Vivre sa vie d’adolescente la journée et de petite maman le soir et la nuit ?

Comment aider les jeunes mères mineures qui parfois, ne supportent pas les règles de vie communautaire et encourent le risque de se faire exclure des maisons maternelles. Il est parfois difficile pour ces jeunes filles d’accepter de l’aide. Certaines veulent s’en sortir toute seules et se surestiment. Elles ressentent l’accompagnement comme un « un poids en plus » et l’encadrement comme « dirigiste ». Il nous faudra accepter le paradoxe d’une adolescente qui peut être mère à condition de parfois cesser de l’être et il nous semble important de réfléchir à des structures qui leurs permettent d’être ado et mère en même temps.

Il nous paraît surtout nécessaire de permettre un accompagnement aux jeunes mères adolescentes qui sont en rupture avec leur famille. Elles ont en effet tendance à l’isolement, au décrochage scolaire, elles ne trouvent pas de crèche et sont à la merci de propriétaires peu scrupuleux dans leur recherche de logement.

L’école : Un outil ou une réalité difficile à concilier en tant que jeune maman ?

L’école permet parfois aux mères encore adolescentes, de rester en contact avec leurs pairs, de prendre du recul et de souffler émotionnellement. L’école et la formation sont également aujourd’hui un moyen d’espérer pouvoir accéder à l’emploi et à une vie meilleure. En même temps, sur le terrain, l’école semble être en décalage avec le rythme de vie des jeunes mamans mineures, de celles surtout qui vivent en autonomie.

L’école peut être un repère pour la jeune maman mais pourrait aussi permettre d’aérer le lien mère-bébé de façon à ce que la jeune maman ne prenne pas trop de place auprès de celui-ci. Mais comment susciter l’intérêt pour l’école si le décrochage était déjà présent avant l’arrivée de ce bébé ?

Si d’un côté, pour ces jeunes mamans, prendre leur place de mère auprès de leur enfant est essentiel, il leur est aussi important, comme pour n’importe quelle maman, de pouvoir investir autre chose que leur bébé. Si, pour les adultes c’est en général, le milieu professionnel qui permet ce recul, pour les adolescentes, le milieu scolaire, peut-il avoir le même effet? A moins que le fait de devenir parent annonce-t-il la fin de l’adolescence, et dans ce cas, quel sens a l’obligation scolaire ?

En effet, pour certaines jeunes, la réalité de l’école semble être inadéquate et trop éloignée de leurs préoccupations. Le monde scolaire ne semble plus correspondre aux besoins et aux attentes de la jeune mère.

Quelles alternatives existent ou sont à inventer pour permettre la poursuite de leur formation avec corollairement un effet secondaire positif par rapport à l’isolement des mamans ?

Nous souhaiterions que certaines formations pour adultes (Espace formation) puissent être accessibles aux mamans mineures. En effet, ces formations, plus courtes dans le temps, permettent aux mamans de se projeter dans un futur proche, qui nous paraît plus accessible et stimulant.

En même temps, nous constatons, sur le terrain, qu’il existe aussi certains partenariats constructifs entre services sociaux et écoles/PMS qui portent leurs fruits. En ce sens, la journée d’études organisée à Charleroi, en 2006, par le Service Droits des Jeunes et l’Ecole des Parents et Educateurs a certainement contribué, non seulement à témoigner, mais aussi à encourager des partenariats, tant vis-à-vis du monde scolaire que vis-à-vis de l’O.N.E. . Soulignons encore que la possibilité de mettre son enfant dans une crèche pas trop éloignée de l’école ou du domicile reste une condition essentielle à cette réussite.

Mise en scène et mise enceinte : Quel espace pour la fonction paternelle qui « sépare » et fait tiers ?

La plupart des jeunes couples rêvent d’un enfant qui viendrait sceller leur amour et le rendrait public.

« Si l’on considère la situation familiale des jeunes mères de moins de 18 ans en Communauté Française, on constate que 58.5% vivent en couple, 33.9 % vivent chez leurs parents et 3.9% en maison maternelle »

Dans certains cas, en lien avec les motivations de départ chez la jeune mère, le nourrisson prend toute la place, en ce compris celle du père, comme si ce bébé avait une fonction « narcissique » pour la jeune fille en la comblant à tous les niveaux et ne laissant dès lors plus de place à des tiers tels que crèche, école et rôle paternel.

Parfois les couples sont très jeunes et éprouveraient un besoin de se « materner » l’un l’autre. Dans ces cas, même si le bébé est voulu et attendu par les deux futurs parents, après la naissance, le père se retrouve parfois avec un sentiment d’inutilité, comme s’il était mis sur le côté. Le risque est grand qu’il vive cela comme un échec avec risque parfois d’un rejet du bébé. De plus, la grossesse peut aboutir à une mise à l’écart de la sexualité, mettant la jeune femme à l’abri des relations sexuelles, parce qu’étant devenue « intouchable ».

Nous constatons, dans notre pratique, que le désir d’enfant n’est pas l’apanage de la seule femme ; les hommes, même s’ils sont moins visibles, existent et sont présents comme père, non seulement dans la tête de la jeune maman mais aussi dans la réalité. Les pères ne seraient-ils pas mis de côté par certains intervenants et certaines lois sociales ? (cfr les règles sur la cohabitation et la reconnaissance très difficile en cas de refus de la mère)

Parfois aussi, les pères ont une dizaine d’années de plus que la jeune maman, ce qui équivaut pour certaines à se retrouver avec un compagnon associé à une image paternelle. Ceci renvoie au conflit œdipien et toute la fantasmatique qui y est rattachée.

Il fut une époque où les grossesses d’adolescentes éveillaient les soupçons de relation incestueuse, aujourd’hui, cela semble être moins le cas mais il reste des mélanges de générations et des difficultés à se séparer de ses propres parents.

Ce bébé va bousculer et redessiner l’ordre des générations.

L’adolescente cherche à obtenir le droit d’enfanter. Tentative de conciliation entre d’une part, être la fille de sa mère et d’autre part, être la mère de son bébé, un scénario où la maternité serait  « passée de mains ».

Les parents mineurs exercent eux-mêmes l’autorité parentale sur leur(s) enfant(s) tout en restant soumis à l’autorité parentale de leurs propres parents.

Les repères sont mis à mal et les identifications rendues plus compliquées : un bond en avant dans la succession des générations. Le bébé des « mères ados », à qui « appartient-il » ? Ce petit bout qui naîtra ne sera-t-il pas considéré comme le petit frère ou la petite sœur des autres enfants des grands-parents qui habitent parfois ensemble ?

Par ailleurs, la jeune mère et la nouvelle grand-mère peuvent se retrouver dans un projet commun, celui de refaire l’histoire de leur relation à travers cette récente naissance. Mais, attention aux non-dits, dettes, et réparations !

Le bébé fait très rapidement mûrir ces jeunes parents et, l’entourage social, amical ou familial permet que malgré tout, jeunesse se fasse.

C’est ainsi que certains ont de fort belles histoires familiales, plutôt que de les juger, il convient d’entourer et de soutenir ces parentalités précoces.

L’âge de la mère n’a rien à voir avec ses qualités maternelles ; les « mères adolescentes » ne sont ni meilleures, ni moins bonnes que d’autres mères plus âgées.

5. Conclusion

La prévention reste primordiale tant au niveau de ces jeunes parents qu’au niveau des adolescents, mais aussi pour pouvoir agir sur les causes structurelles de ce phénomène (pauvreté, décrochage scolaire,…) afin que celui-ci n’augmente pas dans le futur.

Pour ces jeunes, qui font le pari (déraisonnable aux yeux de beaucoup) de donner la vie, le tout est maintenant de les aider à devenir responsable de ce défi et d’être disponible pour qu’ils ne se retrouvent pas isolés.

Lorsque la famille élargie ne peut venir en aide aux nouveaux jeunes parents ou que la future mère, encore adolescente se retrouve isolée et démunie, il n’existe que très peu de structures spécialisées pour les accompagner. Or, nous pouvons certainement tous contribuer à la mise en place de dispositifs pour améliorer l’accompagnement de ces jeunes parents et les aider à entrevoir des perspectives d’avenir pour leur nouvelle petite famille.

Lancement de la plateforme « Relais Jeunes Parents ».

L’aide à la Jeunesse est une aide supplétive. Les « Service d’Aide et d’Intervention Educative » comme le SAIE « Tremplin » ne travaillent qu’à partir de mandat délivré par le S.A.J. (Service de l’Aide à la Jeunesse), le S.P.J. (Service de Protection de la Jeunesse) ou par le T.J. (Tribunal de la Jeunesse). En ce sens, l’aide à la Jeunesse est complémentaire par rapport à l’aide de première ligne, ce pourquoi un travail avec d’autres est pour nous indispensable.

En guise de conclusion au colloque du 17 mars 2011 et pour poursuivre le travail entrepris, une « plateforme » est lancée, lieu de concertation entre les acteurs de terrain pour permettre de favoriser des passerelles et synergies de façon à travailler ensemble par une approche transversale avec des échanges de pratiques.

Colloque - Encore jeunes et déjà parents - Mineures enceintes et grossesses précoces