être en relation
Certains partages de vécu tissent des liens et sont riches en échange et en expérience. C’est ce que nous entendons par « être en relation ».
Etre en relation, c’est se créer un souvenir commun. Il n’y a pas de communication si ce qui est communiqué ne laisse pas de traces. Au fil de nos rencontres avec les enfants, certains d’entre nous se plaisent à utiliser au sein même de la famille des « médias » comme outils et moyens métaphoriques. Notre démarche se pose au niveau éducatif mais ne l’est-elle pas aussi au niveau thérapeutique ? Création et lecture de livres, album et photos familiales, jeux de société, dessins et reproductions sont des projets grâce auxquels nous nous recentrons sur les enfants au côté des parents. Il s’agit de moyens pour tenter d’amener les parents, plongés dans leurs soucis et leurs éventuelles souffrances, à partager avec l’enfant un moment d’échange authentique basé sur l’essentiel de la communication. Mais aussi, pour inviter l’enfant à restituer ce qui ne va pas, de façon métaphorique en lui offrant la possibilité de ne pas dire ce qu’il faut cacher. Notre position est en cela difficile. Trouver un espace où l’on peut aider l’autre en ayant un mandat et faire de ce mandat non pas un « mandat d’arrêt » de la relation mais une chance aux parents de se retrouver dans un lien positif et constructif pour eux et leurs enfants.
Au cours de nos interventions, nous tâchons ainsi d’être vigilants à créer des lieux d’expressions émotionnelles autant pour les enfants que pour les parents. Non pas des espaces psychothérapeutiques, mais des espaces à portées thérapeutiques. Ce sont des moments rares que nous tâchons de susciter auprès des parents pour faire le point sur leur passé, avec ses répercussions dans leur accès à la parentalité. Prendre soin des sentiments des parents est un détour nécessaire pour aider un peu mieux leurs enfants… et, nous faisons constat que l’inverse peut être tout aussi vrai.
Notre implication au sein d’un engagement professionnel est primordiale, voir indispensable. Sans cet investissement, la relation d’aide risque d’être pauvre et restreinte. C’est le domaine des rendez-vous sans rencontre. On se séparera alors sans s’être vraiment rencontré. Pour arriver à « être en relation » de façon constructive, l’introspection professionnelle est un outil qui permet de s’utiliser à bon escient (en tenant compte de nos résonances) et de s’ajuster avec une meilleure compréhension vis-à-vis de l’équipe et de ses collègues co-intervenants. En miroir, nous faisons l’hypothèse que la famille soit touchée par la façon dont nous travaillons. Dans le cadre d’une relation d’aide éducative, pouvoir mettre à distance ses affects et ses fantasmes permet qu’ils ne nous envahissent pas. Encore faut-il pour cela les reconnaître, les accepter et même pouvoir en disposer de temps à autres. Dire le « personnel » dans le boulot, sans glisser dans « l’intime », est un exercice que nous tentons de pratiquer en équipe. Des supervisions nous y aident.
