L'attachement
Mais, créer un lien, c’est aussi risquer de nous « attacher » à la famille, au point d’y être pieds et poings liés.
Une certaine empathie ajoutée à des rencontres très fréquentes au sein de l’intimité familiale crée un climat de proximité qui aboutit souvent à un "attachement". Si cet attachement n’est pas géré, le risque est grand de se trouver prisonnier d’un climat de surprotection, de connivence maladroite ou d’essoufflement étouffant. C’est pourquoi une reprise régulière des objectifs et du mandat de départ est indispensable ainsi que le rappel des balises. Miser sur les compétences parentales ne doit pas nous rendre aveugle. Il s’agit pour nous de travailler les conditions d’éducations compromises. Les rapports que nous adressons très régulièrement aux mandants sont souvent commentés à la famille et utilisés comme outil de conscientisation. La culpabilité écrase tandis que la responsabilité mobilise.
Enfin, travaillant dans le cadre des missions SAIE, nous observons un risque d’impasse quand la rencontre « provisoire » famille-intervenant devient une situation à trop long terme, au point que parfois la limite temporelle ne soit plus perceptible. Il ne s’agit pas de s’installer dans la famille même si, au nom d’un certain attachement, nous y sommes parfois invités. En ce sens, nous veillons à nous rappeler que notre rôle est provisoire et que nous ne pouvons le remplir correctement que si nous envisageons notre propre disparition.
Se pose parfois la question… « Ca tient parce que vous êtes là ! Mais qu’adviendra-t-il par la suite ? ». Comme élément de réponse, nous nous appuyons sur le fait que c’est aussi notre regard qui aide et transforme comme pour… mettre en scène ! Dès lors, il convient, même après la fin du mandat, de pouvoir symboliquement garder une place… un regard… un mot… une photo… un livre… un dessin… une importance… un souvenir… et de s’assurer que le travail sur les compétences et la revalorisation des capacités parentales a pu suffisamment être intériorisé par la famille.
